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| Roberto Matta en 1960 |
On trouve dans le fonds América des films documentaires qui permettent des approches très variées de la réalité latino-américaine. Mémoires de la Terre de feu d'Emilio Pacull se plonge dans l'histoire et le présent de ce territoire. Pelé forever d'Anibal Massaini Neto rend hommage au grand footballeur brésilien. Jean-Pierre Duret et Andréa Santana, avec leurs films Romances de terre et d'eau et Le rêve de São Paulo, s'intéressent aux paysans pauvres du Nordeste du Brésil, leur quotidien, leur émigration. Ces documentaires insèrent parfois l'histoire de l'Amérique latine dans un cadre plus vaste tel le film Allers-retours, journal d'un photographe où Patrick Zachmann revient sur l'importance des images pour ne pas oublier que ce soit au Chili, en Bosnie, en Argentine ou au Rwanda. Certains de ces documentaires sont de véritables chefs-d’œuvres. On pense au travail, entre essai et prouesse formelle, du Chilien Patricio Guzmán : Nostalgie de la lumière, Le bouton de nacre et La cordillère des songes.
Ce fonds documentaire aborde nombre de questions sociales et politiques.
Déjà en 1959, Margot Benacerraf offrait une fresque de la vie quotidienne des travailleurs du sel au Venezuela dans Araya, l'enfer du sel. Ainsi, dans La frontière infinie, Jean Manuel Sepulveda, filme les candidats à l'exil venus du Salvador, du Honduras ou du Guatemala qui transitent par le territoire mexicain. Dans Les héritiers, le Mexicain Eugenio Polgovsky rend compte de l'héritage de la pauvreté en filmant des enfants. Dans Bagatela, c'est l'univers d'un palais de justice colombien qui est présenté par Jorge Caballero. Dans La vida loca, Christian Poveda dresse le portrait de gangs salvadoriens. Enfin, avec Noticieros, l'INA et l'ICAIC (Institut cubain de l'art et de l'industrie cinématographiques) donnent accès aux archives des actualités cubaines de 1960 à 1970. On peut compléter cette liste avec le film très personnel de Camila Guzman Urzua, Le rideau de sucre, qui revient à Cuba où sa famille trouva refuge et où elle grandit ; Elle part à la recherche de ses amis d'enfance pour la plupart exilés.
Certains de ces films sont centrés sur des personnalités politiques. C'est le cas dans l'impertinent Pinochet et ses trois généraux de José Maria Berzosa qui livre un portrait sans concession des membres de la junte militaire. Yves Billon et Pablo Alejandro, dans 50 ans de maquis, racontent le destin d'un des guérilleros les plus recherchés d'Amérique latine, le Colombien Marulanda Velezest. Carmen Castillo, avec La véridique légende du sous-commandant Marcos, revient sur le mouvement insurrectionnel dans le Chiapas au Mexique. Ligia Blanco offre un film intitulé Hugo Chavez. Et Axel Ramonet filme un long entretien politique et testamentaire : Moi, Fidel Castro.
Les cinéastes prennent position et réalisent des films engagés comme le fait Patricio Guzman dans La bataille du Chili, monument du cinéma militant des années 1970 : une trilogie qui retrace l’ascension de Salvador Allende et le coup d'Etat de Pinochet. Toujours pour le Chili, on peut mentionner le film de Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française, qui dénonce le rôle tenu par le France dans les méthodes de répression de la dictature. Même engagement avec Carmen Castillo dans Rue Santa Fe où elle revient sur son parcours de militante révolutionnaire sous la dictature chilienne. On doit à Fernando Solanas deux autres grands films militants, Mémoire d'un saccage et La dignité du peuple, qui analysent et dénoncent les causes et les effets de la crise économique et sociale qu'a connu l'Argentine dans les années 2000. Relevant de ce cinéma engagé, on peut citer encore Opération Correa où Pierre Carles dénonce la manière dont les médias français ont fait silence sur la politique du président équatorien Rafael Correa lors de son séjour en France. Ou, enfin, le film personnel de Sandra Kogut, Un passeport hongrois : Brésilienne mais descendante de juifs de Budapest exilés lors de la Seconde Guerre mondiale, la réalisatrice entreprend de recouvrer la nationalité hongroise...
Ce fonds documentaires aborde par ailleurs des questions socio-culturelles.
On peut citer, par exemple, Loin de Veracruz de Vincent Martorana qui filme le pèlerinage majeur du Mexique qui draine un million de personne vers le sanctuaire de la Vierge de Guadalupe. On peut citer Le voyage des derniers descendants de Daguerre de José Maria Tapias-Ospina qui filme les derniers photographes ambulants du Mexique. Ou, encore, le court-métrage documentaire de Joaquim Pedro de Andrade dédié à la création de la ville de Brasilia : Brasilia : contradictions d'une ville nouvelle.
On trouve, par exemple, des documentaires qui traitent du monde indien. On peut mentionner Tu es, je suis... ou l'invention des jivaros, un film d'Yves de Peretti ou Molakana, coudre le monde de Michel Perrin qui raconte l'art et le quotidien des Indiennes Kuna du Panama. On peut signaler aussi le film d'Armand Bernardi, L'Ayahuasca, le serpent et moi qui s'intéresse aux rituels chamaniques amazoniens. On peut mentionner enfin Les autres hommes de Michel Viotte qui élargit le propos et revient sur l'histoire de notre appréhension des mondes appelés longtemps « primitifs ».
On notera que dans cette production documentaire les questions liées à la sexualité sont bien représentées. Dans Bixa Travesty, Claudia Priscilla et Kiko Goifman offre le portrait d'une artiste brésilienne qui se revendique transgenre. Dans Marta et Karina, en discrète compagnie, Philippe Crnogorac donne la parole à deux prostituées. Dans Les Branleurs de la Havane, Cécile Patingre enquête sur la présence d'exhibitionnistes dans les salles de cinéma de La Havane. Plus sérieux, le documentaire de Didier Mauro, Cuba, une révolution des sexualités dresse un panorama des rapports de genre, de l'éducation sexuelle et de la prise en charge par l'Etat cubain de ces questions.
Ce fonds documentaire permet de découvrir la culture latino-américaine.
On y trouve nombre de films qui permettent de découvrir la richesse musicale du continent. Astrid Hadad, la môme Téquila d'Aurélie Sémichon et de Pierre Favre dresse le portrait d'une artiste de cabaret mexicaine extravagante et provocatrice. Saudade do futuro de Marie-Clémence et Cesar Paes nous plonge dans l'univers des improvisateurs populaires de São Paulo. Où chantent les accordéons-La route du Vallenato de Lizette Lemoine propose une approche d'un genre musical traditionnel colombien : le vallenato. Avec le film Caminos barrocos, Olivier Simonnet conclue une longue quête des traces des musiques missionnaires importées par les jésuites dans le continent latino-américain. Dans Brasileirinho, Mika Kaurismäki s'intéresse au choro, un genre musical considéré comme le jazz brésilien. Le film Son cubano de Dominique Roland et Jean-Christophe Hervé retrace l'histoire de la musique cubaine. Avec Saravah, Pierre Barouh témoigne de l'émergence des grands noms contemporains de la musique brésilienne : Baden Powell, Maria Bethania, Paolinho Da Viola... Enfin, Mélanie Brun dans No habrá revolución sin canción revient sur l'histoire des chansons engagées au Chili.
Certains de ces documentaires sont dédiés à des musiciens. Ainsi, Georges Gachot livre un long entretien avec la grande pianiste argentine : Martha Argerich, conversation nocturne. Catherine Gund et Daresha Kyi offre un portrait de Chavela Vargas. Clara et Robert Kuperberg, celui d' Yma Sumac, la castafiore inca. Claude Santiago, celui de Carlinhos Brown et de Compay Segundo.
On trouve aussi des documentaires sur les Arts plastiques. Le film Waste Land suit l'artiste brésilien Vik Muniz qui élabore un projet de création dans la plus vaste décharge du monde à Rio de Janeiro. De Armas, le dernier Taïno de Santi Zagarra présente un portrait de l'artiste cubain Jesus Gonzalez de Armas. Dans Roberto Matta, Intimatta, c'est le fils du grand artiste chilien qui filme son père et ce qu'il a su transmettre. Dans « Je suis unique »-Fernando Botero, Mauricio Martinez-Cavard propose une biographie d'une des grandes figures de l'art contemporain. Enfin, dans le court-métrage Julio Le Parc, continuel regard on peut voir le travail d'un des grands créateurs de l'art cinétique.
Le cinéma n'est pas oublié dans cette collection documentaire. On trouve des films qui s'attachent à des personnalités marquantes du 7ème Art : Dolorès del Rio de Marie-Pierre Muller-Duhamel, Un Buñuel mexicain d'Emilio Maillé, Filmer obstinément, rencontre avec Patricio Guzmán de Boris Nicot ou Histoires croisées d'Alicia Andrade où la réalisatrice parle de son père, Joaquim Pedro de Andrade, un des fondateurs majeurs du Cinema Novo brésilien. On peut ajouter à cette petite liste L'âge d'or du cinéma cubain de Ramon Suarez qui revient sur l'élan créatif qui marqua la première décennie de la Révolution. Et, encore, Ça tourne à Villapaz de Maria Isabel Ospina où un cinéaste amateur et indigent embarque tout son village de Colombie dans l'aventure du cinéma.
Enfin, on trouve quelques documentaires sur des grandes figures de la littérature latino-américaine : Alvaro Mutis, les élèments du désastre d'Yves Billon et Mauricio Martinez-Cavard, Carlos Fuentes, un voyage dans le temps de Valeria Sarmiento ou Francisco Coloane d'Olivier Guiton.

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