L'histoire et la société mexicaine ont inspiré nombre de récits au Mexique. Ce dossier tente de montrer comment s'articulent ces récits et s'élabore l'identité mexicaine.
Raconter le Mexique peut se faire en dépeignant la société mexicaine.
Le premier roman mexicain, El Periquillo Sarniento, publié en 1816 par José Joaquín Fernández de Lizardi, est un roman picaresque qui dresse un ample tableau du Mexique colonial : les nobles qui ne s'abaissent pas à travailler, les militaires, les fêtes champêtres, la prostitution, les coutumes funéraires, la cuisine, la corruption, les superstitions... La même volonté d'exhaustivité se retrouve dans des ouvrages contemporains. On peut citer Salida de emergencia de Fabrizio Mejía Madrid, des chroniques écrites entre 1994 et 2007 alors qu'il parcourait le pays. D'autres ouvrages se penchent sur des aspects particuliers de la société mexicaine. Ainsi, Juan Rulfo, dans son recueil de nouvelles El Llano en llamas (Le llano en flamme), explore la vie rurale mexicaine dans le contexte violent de la Révolution du début du XXe siècle. Agustin Yañez avec son roman La tierra pródiga nous plonge dans le milieu des caciques crapuleux de la région de Jalisco. On peut mentionner aussi México DF : lecturas para paseantes où Rubén Gallo propose une anthologie de chroniques de divers auteurs sur la vie dans la mégapole capitale.
La peinture sociale peut se faire de manière métaphorique. Ainsi, Hotel DF de Guillermo Fadanelli est un roman où un hôtel concentre la réalité du « DF » (District Fédéral, appellation officielle de Mexico) et où de nombreuses vies sont en danger... De même, dans son roman dont le titre reprend un vers de l'hymne mexicain - Y retiemble en sus centros la tierra - Gonzalo Celorio met en scène un personnage en plein déclin qui parcourt comme on fait un chemin de croix les lieux les plus symboliques du centre de Mexico. Un roman où les références historiques, architecturales, littéraires ou religieuses interrogent et critiquent l'identité nationale. Enfin, on peut mentionner Examen de mi padre de Jorge Volpi, un essai où il s'inspire du travail de chirurgien de son père pour faire de chaque partie du corps l'occasion d'une autopsie du Mexique : la guerre contre les narcotrafiquants, les problèmes liés à l'émigration...
Parfois la critique sociale passe par la satire. C'est le cas dans le roman Estas ruinas que ves (Ces ruines que tu vois) de Jorge Ibargüengoitia qui, entre nostalgie et ironie, nous plonge dans la vie quotidienne d'une ville de province. On peut citer aussi un film comme Workers de José Luis Valle, une critique mordante du statut des employés de maison. Ou, encore, le roman de Juan Villoro, Palmeras de la brisa rápida, qui met en scène un jeune chroniqueur qui part en quête de ses racines dans la péninsule yucatèque : moustiques et souvenirs, pyramides et indigestion...
Nombre de ces peintures sociales traitent de la violence qui traverse la société mexicaine. Pour le cinéma, on peut mentionner : Amours chiennes d'Alejandro González Iñárritu où trois histoires parallèles vouées à l'échec se rejoignent à la faveur d'un accident ; La Zona : Propriété privée de Rodrigo Plá où trois adolescents des quartiers pauvres pénètrent dans l'enceinte d'une cité résidentielle aisée pour commettre un cambriolage et se voient poursuivis par les résidents décidés à se faire justice eux-mêmes ; Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón qui traite des narcotrafiquants. Un thème que l'on retrouve sous la plume de Yuri Herrera qui, dans son roman Trabajos del reino (Les travaux du royaume), met en scène un chanteur de corrido chargé de composer des chansons qui racontent les exploits d'un chef de cartel. Il faut citer surtout Sergio González Rodríguez qui, dans Huesos en el desierto, se penche sur les causes économiques, sociales et culturelles du féminicide qui sévit depuis des décennies à Ciudad Juarez, au nord du Mexique.
Un autre thème que l'on rencontre est celui des relations avec les États-Unis. On le trouve dans le roman Caramelo : Puro cuento de Sandra Cisneros qui raconte la saga d'une famille américaine d'origine mexicaine. On le trouve encore dans La frontera de cristal (La frontière de verre) de Carlos Fuentes qui, en neuf récits fait vivre toute une population frontalière : homme d'affaire, clandestin, ouvrière des usines de sous-traitance, militant syndicaliste...
Le Mexique est aussi raconté à travers des récits historiques.
Ainsi, Carlos Fuentes, avec Los años con Laura Díaz (Laura Diaz) offre une ambitieuse saga familiale qui relate le XXe siècle mexicain. On doit, par exemple, à Carmen Boullosa, nombre de romans qui traitent de l'histoire mexicaine : Las paredes hablan qui combine les événements marquants du Mexique et les destins des habitants d'une maison; Texas : La gran Ladronería en el lejano Norte qui revient sur la confiscation par les États-Unis du Texas ; Llanto : Novelas imposibles où trois femmes, après une nuit de fête, montrent à un Moctezuma ressuscité ce qu'est devenue sa capitale, Tenochtitlan. On trouve aussi des romans qui font revivre des personnalités majeures de l'histoire mexicaine : Malinche de Laura Esquivel réhabilite l'indienne qui seconda Hernán Cortés dans la conquête du Mexique ; Juárez, el rostro de piedra d'Eduardo Antonio Parra replace le président Benito Juarez dans les enjeux de l'indépendance mexicaine.
Parmi les événements marquants de l'histoire mexicaine, il est à noter que la révolution de 1910-1920 constitue un épisode majeur. Un genre romanesque en est issu : le roman de la Révolution. Les livres qui l'illustrent sont nombreux : Los de abajo de Mariano Azuela, publié en 1916, est un récit contemporain de la Révolution; La sombra del caudillo (L'ombre du caudillo) de Martín Luis Guzmán constitue une réflexion sur le caudillisme qui a marqué la phase révolutionnaire; Cartucho de Nellie Campobello dont le sous-titre est récits de la lutte dans le nord du Mexique propose une narration intimiste du conflit basée sur des souvenirs d'enfance; El luto humano de José Revueltas est un roman qui oscille entre le réalisme et le mythe pour élaborer une parabole de l'histoire du Mexique. La muerte de Artemio Cruz (La Mort d'Artemio Cruz) de Carlos Fuentes, publié en 1962, revient sur la vie d'un révolutionnaire qui a trahi ses idéaux. On peut ajouter à cette petite liste les dix films réalisés par des cinéastes mexicains à l'occasion des cent ans de la Révolution et réunis sous le titre Revolución.
Il faut par ailleurs souligner que nombre des récits historiques sont l'occasion de raconter une contre-histoire. Ainsi, on doit au romancier Jorge Ibargüengoitia deux récits parodiques : Los pasos de López (Les conspirateurs) et Los relámpagos de agosto. Le premier démystifie la geste indépendantiste, le second offre une version drôlatique d'un roman de la Révolution. Plus sérieusement, on doit à Elena Poniatowska un important travail de chroniqueur qui raconte une autre histoire nationale. Dans Fuerte es el silencio, elle raconte la vie précaire des immigrés dans les grandes villes, elle revient sur les révoltes de 1968, rend hommage aux mères des prisonniers et des disparus qui font la grève de la faim, etc. Dans La noche de Tlatelolco (La nuit de Tlatelolco), elle propose une « histoire orale d'un massacre d'Etat » qui revient sur la répression du mouvement de 1968 par le gouvernement. On lui doit surtout une vision féministe de l'Histoire : Hasta no verte Jesús mío collecte la mémoire de Jesusa Palancares qui a grandi à Oaxaca, combattu lors de la Révolution, émigré à la capitale où elle travailla comme ouvrière et servante ; Las siete cabritas rend hommage à des figures féminines marquantes de l'histoire mexicaine ; Et, Dos veces única est une biographie romancée de Lupe Marín qui épousa tour à tour Diego Rivera et le poète et critique Jorge Cuesta, un récit qui nous plonge dans la vie culturelle du XXe siècle mexicain.
Des récits politiques du Mexique
Il faut dire que la vie politique mexicaine est marquée par le maintien au pouvoir de 1928 à 2000 d'un parti unique, le PRI (Partido Revolucionario Institucional). On trouve donc des romans qui traitent du sujet : Fabrizio Mejía Madrid dans son livre El rencor opte pour le sarcasme et l'humour noir pour raconter l'histoire de ce parti ; Juan Villoro, dans El testigo, met en scène un intellectuel mexicain émigré en Europe qui revient au pays quand enfin le PRI a perdu les élections. Le maintien de ce parti au pouvoir s'est fait par la violence politique comme le raconte Carlos Montemayor dans Guerra en el paraíso (Guerre au paradis) qui reconstruit la guérilla que mena Lucio Cabañas entre 1971 et 1974 dans la Sierra del Guerrero et comment elle fut férocement réprimée. Le maintien au pouvoir du parti unique s'est fait aussi par la corruption voire l'alliance avec des groupes criminels. Nombre de récits le dénoncent. C'est le cas dans La silla del águila (Le siège de l'aigle) de Carlos Fuentes qui invite à découvrir les coulisses de la vie politique de son pays à travers les intrigues abjectes et passionnelles pour parvenir à la présidence de la république. C'est encore le cas dans Muertos incómodos écrit par le sous-commandant Marcos et Paco Ignacio Taibo II, un roman policier qui traite des crimes de l'appareil d’État. On trouve encore le thème sous la plume de Daniel Sada, dans son livre Porque parece mentira la verdad nunca se sabe : dans le village de Remadrin, des inconnus ont volé les urnes le jour même des élections ; La fraude électorale provoque des protestations qui seront brutalement réprimée par l'armée. Enfin, Nuevas líneas de investigación rassemble 21 récits d'écrivains mexicains sur l'impunité de crimes politiques réels : fraude électorale, assassinats politiques, pouvoir des narcotrafiquants...
La répression des mouvements révolutionnaires des années 1960-1970 amène certains auteurs à écrire pour ne pas oublier. Ainsi, Héctor Manjarrez, dans Pasaban en silencio nuestros dioses, fait revivre le climat idéologique de l'époque : le féminisme, la libération sexuelle, les communautés... Ainsi, Laury Leite, dans La gran demencia, raconte, à travers l'histoire d'une famille, l'échec des mouvements de contre-culture et dresse un portrait au vitriol d'une société où l'argent et le statut social sont devenus des obsessions.
La littérature devient alors un moyen de ramener à la lumière des pans invisibilisés de la société mexicaine. C'est le cas notamment avec ce qu'on appelle la littérature indigéniste qui a pour sujet la culture et la condition des Amérindiens. Ainsi, en 1952, l'anthropologue Ricardo Pozas publie la biographie d'un indien tzotzil : Juan Perez Jolote. La même année, paraît El diosero y otros relatos indígenas de Francisco Rojas, un recueil de nouvelles qui traitent de la précarité et la simplicité des modes de vie de différents groupes indigènes mexicains. Ou, encore, en 1960, Rosario Castellanos publie Ciudad Real, un recueil de nouvelles qui explore les relations entre les descendants d'Espagnols et les peuples indigènes dans le Chiapas : incompréhensions et préjugés, injustice et fanatisme.
Raconter pour trouver son identité
On ne peut conclure ce dossier sans mettre en avant la figure du grand écrivain mexicain Carlos Fuentes dont l'oeuvre s'attache à dépeindre son pays. Son travail relève de la même démarche que celle d'Octavio Paz qui, en 1950, publie un essai qui montre comment le mexicain actuel résulte d'un syncrétisme entre l'ancienne culture aztèque et la culture espagnole apportée par la Conquête : El laberinto de la soledad (Le labyrinthe de la solitude), un livre qui parle d'Histoire, d'amour, de traditions, d'Art et de religion.
Dès son premier roman, paru en 1958, La región mas transparente (La plus limpide région), Carlos Fuentes offre ainsi un récit total de la société mexicaine issue des trahisons de la Révolution de 1910. En 1987, dans Cristóbal Nonato (Christophe et son œuf), le narrateur omniscient du roman, Christophe Palomar, est un fœtus qui décrit sa propre gestation et offre des réflexions satiriques sur le Mexique, pays de tous les malheurs : capitale surpeuplée, pollution, tremblements de terre, corruption, incurie des gouvernants, faillite économique... En 2000, il publie enfin Los cinco soles de México : Memoria de un milenio, un passionnant voyage à travers un millénaire de son pays où il évoque tour à tour Quetzalcoatl, la Vierge de Guadeloupe, Emiliano Zapata, les colons, les indiens, les créoles, les tyrans... L'oeuvre de Fuentes, à la croisée de l'Histoire et du mythe, constitue une recherche de l'identité mexicaine.
Les romans de Homero Aridjis relèvent de la même démarche. La leyenda de los soles est un roman de science-fiction qui nous projette dans México en 2027 : la ville est la plus peuplée du monde et se trouve au bord d'un désastre écologique, le pays est dirigé par des criminels et l'ancien dieu de la pluie sème la terreur dans la capitale.... Selon une légende aztèque, le Cinquième soleil, notre époque, finira avec des tremblements de terre et les démons du crépuscule. Memorias del Nuevo Mundo met en scène un juif qui, pour fuir l'Inquisition, s'est embarqué pour le Nouveau Monde et assiste aux péripéties de la conquête du Mexique. Enfin, dans El hombre que amaba el sol, Homero Aridjis plonge dans les sources précolombiennes de la culture mexicaine : Il existe deux noms dans la vie d'un homme, celui qu'on lui donne et celui qu'il se donne à lui-même ; Tomás prend donc le nom du soleil en nahuatl : Tonatiuh...
Enfin, d'autres auteurs tentent de mettre en œuvre une version proprement mexicaine de l'Histoire. C'est le cas, par exemple, de Fernando Del Paso avec Noticias del Imperio (Des nouvelles de l'Empire) : En 1861, Napoléon III, avec la bénédiction du pape, se lance dans l'entreprise d'établir un empire latin et catholique au Mexique. En 1861, la République mexicaine indépendante a pour président le libéral Benito Juarez, d'origine zapotèque. C'est cette entreprise hasardeuse et qui termina si mal qui est narré dans ce livre monumental et baroque.
Livres en espagnol que vous trouverez à l'Espace América
El Periquillo Sarniento de José Joaquín Fernández de Lizardi
Salida de emergencia de Fabrizio Mejía Madrid
El Llano en llamas de Juan Rulfo
La tierra pródiga d'Agustin Yañez
México DF : lecturas para paseantes compilation de Rubén Gallo
Hotel DF de Guillermo Fadanelli
Y retiemble en sus centros la tierra de Gonzalo Celorio
Examen de mi padre de Jorge Volpi
Estas ruinas que ves de Jorge Ibargüengoitia
Palmeras de la brisa rápida de Juan Villoro
Trabajos del reino de Yuri Herrera
Huesos en el desierto de Sergio González Rodríguez
Caramelo : Puro cuento de Sandra Cisneros
La frontera de cristal de Carlos Fuentes
Los años con Laura Díaz de Carlos Fuentes
Las paredes hablan de Carmen Boullosa
Texas : La gran Ladronería en el lejano Norte de Carmen Boullosa
Llanto : Novelas imposibles de Carmen Boullosa
Malinche de Laura Esquivel
Juárez, el rostro de piedra d'Eduardo Antonio Parra
Los de abajo de Mariano Azuela
La sombra del caudillo de Martín Luis Guzmán
Cartucho de Nellie Campobello
El luto humano de José Revueltas
La muerte de Artemio Cruz de Carlos Fuentes
Los pasos de López (Les conspirateurs) de Jorge Ibargüengoitia
Los relámpagos de agosto de Jorge Ibargüengoitia.
Fuerte es el silencio d'Elena Poniatowska
La noche de Tlatelolco d'Elena Poniatowska
Hasta no verte Jesús mío d'Elena Poniatowska
Las siete cabritas d'Elena Poniatowska
Dos veces única d'Elena Poniatowska
El rencor de Fabrizio Mejía Madrid
El testigo de Juan Villoro
Guerra en el paraíso de Carlos Montemayor
La silla del águila (Le siège de l'aigle)
Muertos incómodos du sous-commandant Marcos et Paco Ignacio Taibo II
Porque parece mentira la verdad nunca se sabe de Daniel Sada
Nuevas líneas de investigación
Pasaban en silencio nuestros dioses de Héctor Manjarrez
La gran demenciade de Laury Leite
Juan Perez Jolote de Ricardo Pozas
El diosero y otros relatos indígenas de Francisco Rojas
Ciudad Real de Rosario Castellanos
El laberinto de la soledad d'Octavio Paz
La región mas transparente de Carlos Fuentes
Cristóbal Nonato de Carlos Fuentes
Los cinco soles de México : Memoria de un milenio de Carlos Fuentes
La leyenda de los soles de Homero Aridjis
Memorias del Nuevo Mundo de Homero Aridjis
El hombre que amaba el sol de Homero Aridjis
Noticias del Imperio de Fernando Del Paso
Livres en français que vous trouverez à l'Espace adulte de la Médiathèque de Biarritz
Le llano en flamme de Juan Rulfo
Hotel DF de Guillermo Fadanelli
Ces ruines que tu vois de Jorge Ibargüengoitia
Les travaux du royaume de Yuri Herrera
La frontière de verre de Carlos Fuentes
Laura Diaz de Carlos Fuentes
L'ombre du caudillo de Martín Luis Guzmán
La Mort d'Artemio Cruz de Carlos Fuentes
Les conspirateurs de Jorge Ibargüengoitia
La nuit de Tlatelolco d'Elena Poniatowska
Guerre au paradis de Carlos Montemayor
Le siège de l'aigle de Carlos Fuentes
Le labyrinthe de la solitude d'Octavio Paz
La plus limpide région de Carlos Fuentes
Christophe et son œuf de Carlos Fuentes
Des nouvelles de l'Empire de Fernando Del Paso
DVD que vous trouverez à l'Espace América
Workers de José Luis Valle
Amours chiennes d'Alejandro González Iñárritu
La Zona : Propriété privée de Rodrigo Plá
Cómprame un revólver de Julio Hernández Cordón
Revolución

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